L'Espace Julien (Marseille) - 20h - 26 à 30€
SAM SAUVAGE
Vendredi 20 novembre 2026
L’Espace Julien (Marseille)
La billetterie est ouverte !
Sam Sauvage porte bien son nom. Il se pourrait bien que les 13 chansons de son premier album en fassent une figure suffisamment indomptable et donc inclassable pour que l’on puisse affirmer sans hésitation qu’avec lui la pop française prend ici un nouvel élan décisif. Un disque imaginé et concocté dans un premier temps dans sa cuisine dans le 13eme arrondissement. Un axe Paris Nantes se dessine ensuite avec la collaboration de Pierre Cheguillaume et Simon Quenea (à la manœuvre dans le studio de Zaho de Sagazan) bientôt rejoint par le talent brulant d’un hooligan de la chanson en la personne de David Enfrein, alias Terrier. Redoutable combo électrique pour parfaire cette histoire qui est aussi celle d’une aventure amicale.
« Avis de tempête » : Sam Sauvage entame ainsi son disque par la mise en abime d’un présentateur météo, rôle qu’il endosse jusqu’à la folie, pour décrire cet état d’urgence d’une humanité étreinte par l’apocalypse. Sam plus sauvage que jamais joue avec nos nerfs et notre capacité à endurer les agressions extérieures qui tombent en rafale et ainsi nous dire avec le sens de la chute qui caractérise si bien son auteur : « et surtout profitez du temps qui vous reste ». Et rappeler au passage, comme dans son premier succès « les gens qui dansent » qu’il va falloir négocier le passage vers la fin du monde dans une figure de style corporelle. Venons-en aux choses sérieuses. Enfin disons « sérieuse » puisqu’à priori être chanteur c’est aussi posséder le langage de l’amour. Et il se trouve que Sam Sauvage le confesse lui-même, le sourire en coin, : « Je suis un très mauvais amoureux… » C’est dans l’apprentissage des déboires affectifs que l’on se comprend mieux parfois et c’est fort d’une conversation avec une ex-copine qu’il entend cette phrase : « On n’a pas le même langage de l’amour ». Cette phrase sonnait bien, était jolie et pouvait, plus qu’une déclaration de séparation, justifier les différences entre les fragments de discours amoureux. Conséquence immédiate : nous dire dans la fouléequ’il serait complexe pour lui de parvenir dire « je t’aime » dans une chanson ».
Résultat des courses, Sam Sauvage va même s’employer à proclamer le contraire dans une titre incroyablement disruptif : « je ne t’aime plus ». Soubassement électronique entêtant, groove élégiaque, la chanson avance inexorablement. Avec la frontalité et l’âpreté qui consistent à dire clairement que le désir n’est plus là, Sam Sauvage fait une chanson qui ne s’excuse pas d’être là et de dire (en le répétant) ce qui ne se dit que très rarement : « Il est plus facile de dire je t’aime dans un gros mensonge plutôt que de dire je ne t’aime plus ».
Ici Sam tape sauvagement dans le mille, avec au passage l’idée que le chanteur n’est pas toujours là pour se donner le beau rôle. Sam Sauvage pourtant sait aussi exprimer le sentiment amoureux différemment, et notamment pour sa ville de naissance à qui il rend un hommage vibrant dans « Boulogne ». Picturale, cabaret rock désaxé, la chanson est pleine d’un lyrisme poignant. Et décrit le port d’attache des marins de la mort, qu’ils aillent en mer pour pécher, ou pour trouver une terre d’asile, et s’accrocher au mirage de l’espoir lorsqu’on est migrants et voués au naufrage. Sam s’avoue assez sauvage pour s’échapper du déterminisme géographique. La ville d’où on vient n’est pas forcément constitutive de ce que l’on deviendra. En revanche il lui paraissait important de pouvoir remercier cette ville et ses gens qui les premiers ont su lui tendre la main. C’est en tout cas dans cette ville que les premiers émois prépubères ont fait des ravages. Sur sa peau et dans son cœur.
Cela donne « j’suis pas bo », comptine synthétique échappée d’une boite à musique, qui décrypte l’injustice que nous fait subir la beauté très cachée des laids selon l’adage gainsbourien. Devant ce malaise adolescent, Sam se souvient de la difficultéd’être face aux beaux gosses du collège. Pas d’autre choix alors d’être déterminé à se construire une image, à bâtir et écrire un projet afin de trouver sa vraie mission dans cette impitoyable société.
Un live de Bob Dylan vu presque par hasard lui révèlera alors l’essentiel : la place de l’artiste dans la société et dans la foulée, l’amour de la musique et des mots conjugués qui peuvent changer le monde. D’autres beaux bizarres feront le reste plus tard comme l’inévitable et magistral Bashung, celui des débuts auquel beaucoup le compare encore… Enfin anobli par ce charisme chèrement acquis, notre chanteur s’autorise des chansons à part comme « Ne t’en fais pas pour elle » née au ukulélé et passée dans un mixeur sixties qui témoigne du don d’observation de l’auteur sauvage lorsqu’il observe un ami se prendre un râteau avec une fille dans une boite de nuit. L’art de la situation qui lui permet de dire à propos des relations hommes femmes « ce n’était pas mieux avant, c’était juste différent ».
En revanche ce qui désormais occupe malheureusement la une de l’actualité avec une somme de chiffres qui font froid dans le dos, ce sont toutes les affaires de féminicides. Sans entrer de plein pied dans son intimité, il est quand même important de dire que la chanson « il pleut des femmes », imparable sommet du disque est né d’une histoire vécue. Incroyable choix d’une métaphore droite qui raconte cette pluie acide de femmes innocentes dont on a volé la vie, et que la soi-disant douce France ne sait plus arrêter. Une Sublime mélodie sur un texte d’une rare subtilité, cela peut éventuellement soigner les « Play blessures », mais dans la réalité cet évènement tragique et intime qui ne devrait regarder que lui, a de fait profondément changé le jeune homme qu’il était encore : « Cela a tué une partie de mon insouciance. En tout cas, cela m’a vraiment changé. » Dès lors, d’une naturelle masculine solidarité avec la cause des femmes, il devient activiste de ce combat.
Autre chanson où l’on constate que l’auteur Sam Sauvage aime prendre des thèmes normalement flatteurs (le gout de la vérité, la nécessité de la franchise) pour en inverser le sujet et ainsi commettre un réjouissant morceau « hypocrise ». A l’heure où les chanteurs ont toujours envie d’être les plus beaux, les plus forts, les plus exemplaires, la sauvagerie du chanteur s’exprime dans une mélodie poisseuse, en forme de rouleau compresseur : « Je m’intéresse à tous les côtés de la nature humaine et je trouve que tous sont essentiels. Je n’ai jamais été philanthrope, Sans être manichéen, il faut qu’il y ait des bons et des méchants, et même chez les bons, il y a parfois du méchant. Ça c’est une chose que ma mère m’a appris et que j’ai retenu jusqu’à en faire une chanson ».
Même s’il est d’une pudeur sans pareil, il était important pour Sam Sauvage de livrer aussi une part de son intimité sur une chanson piano voix intitulée « Roi du silence ».
Un père absent, une mère en conséquence plutôt mutique, Sam n’avait plus d’autres choix que de partir de l’intime pour tendre à l’universel pour composer une chanson miroir pour tous les secrets de famille, le phénomène peut être le plus répandu dans chaque généalogie française.
Ce premier album, comme c’est souvent le cas, pourrait s’achever en pente douce. Ce serait mal connaitre notre architecte de la sauvagerie qui aime bien par-dessus tout tenir en tension son public et ses auditeurs. Voici que nous découvrons, saisis d’effroi « un cri dans le métro », singulier rock théâtral, une scène de vie malheureusement quotidienne qui prend littéralement aux tripes. Avec cette phrase clé : « Je sais que vous, ne savez pas vous, ce que c’est que la vie sans les dents » … Lapidaire diagnostic qui sollicite plus que de la rage. Un cri primal que l’interprète Sam Sauvagedéploie avec une intense férocité et une voix de stentor. Il est encore temps de reprendre ses esprits.
Avec une autre ballade piano voix « les romantiques », et ainsi de confirmer que la sauvagerie de Sam passe aussi par un don d’interprétation singulier. Bienvenu donc à un nouveau grand chanteur tout simplement. Cette chanson à la portée générationnelle, qui s’inscrit dans la continuité de ce qui a conduit à la création de « la symphonie des éclairs » de Zaho de Sagazan.
Le désir de faire valoir au monde une ode à l’hypersensibilité. Et de développer le sentiment humain et humaniste au cœur du réacteur face au chaos du monde. Avec finalement cette conviction que le romantisme pourra nous épargner de la prédiction d’une fin du monde par jour. « La fin du monde », premier tube précisément repéré du chanteur que nous retrouvons ici en clôture de ce premier album. Comme un ultime pied de nez.
Et c’est sur scène que Sam Sauvage impose pleinement sa puissance d’interprétation. Habité, frontal, il ne joue pas ses chansons : il les incarne. Une intensité forgée au fil de plusieurs années à jouer dans la rue, dans les bars de son Nord natal, puis en premières parties qui marquent durablement les esprits : Zaho de Sagazan à l’Olympia, cinq Zéniths pour Eddy de Pretto, Benjamin Biolay, Clara Luciani, les Sparks.
Un rapport au live sans artifice, où la voix, le corps et l’urgence du propos font mouche.
L’album baptisé « Mesdames, Messieurs ! » se revendique comme une adresse en forme d’injonction à l’écouter : « Personne ne me connait, j’ai des choses à vous dire en 13 chansons, écoutez-moi si vous le voulez bien… Ou pas ! ». Aucune obligation pourtant dans cette interpellation jubilatoire. Mais au regard de la puissance de feu de séduction de Sam Sauvage, nul doute que l’on sera heureux d’obtempérer à son invitation. Car on le sait bien depuis Sigmund Freud : « La joie de satisfaire un instinct resté sauvage est incomparablement plus intense que celle d’assouvir un instinct dompté. »
Un concert présenté par La SAS en accord avec Uni-T
L’Espace Julien
• Infos, presse & partenariats : lea[at]grandbonheur.org
+33 (0)4 96 17 57 26